Quinze ans dans le métier, et au Nicaragua je ne cesse pas d’être surpris. Le pays a une chance que peu d’autres ont gardée : 90 % du territoire reste préservé, accessible, presque secret. Les voyageurs internationaux se concentrent sur trois ou quatre points évidents — Granada, Ometepe, San Juan del Sur, parfois Corn Island. Tout le reste, c’est le territoire.
Voici sept expériences que je recommande à mes clients qui veulent dépasser le standard. Aucune n’est inaccessible. Aucune n’est élitiste. Mais elles demandent du temps, de la curiosité, et une certaine volonté de se laisser décaler.
1. L’île d’Ometepe à vélo, le deuxième jour
Tout le monde arrive à Ometepe. Mais 80 % des visiteurs y restent une nuit, font le tour vite, repartent. Le pays ne se révèle qu’à partir de la deuxième nuit, quand les groupes sont partis.
Ce que je recommande à mes clients : louer un vélo à 5 dollars par jour à Mérida, et partir le matin vers le sud par les pistes de terre. Trente kilomètres de paysages — cocoteraies, vaches qui traversent, gamins qui font signe, le volcan Maderas droit devant. Déjeuner à San Ramón face au volcan. Baignade dans l’Ojo de Agua, une source naturelle cristalline filtrée à travers la pierre volcanique, transparente comme du verre. Retour à vélo au coucher du soleil.
J’y ai fait ce trajet trois fois entre 2020 et 2023, et chaque fois c’était la même sensation : on n’est plus dans le tourisme, on est dans le pays. Pas un mot de mauvais espagnol qu’on ait à essayer de cacher.
2. Le mirador de Catarina, fin d’après-midi un mardi
Tout le monde monte à Catarina. Mais à 11h, en bus de groupe, avec quarante autres personnes. Allez-y un mardi en fin d’après-midi, quand les bus sont rentrés.
Le mirador de Catarina offre probablement la plus belle vue panoramique du pays : la lagune d’Apoyo en contrebas (un cratère volcanique rempli d’eau turquoise), le volcan Mombacho au loin, Granada à l’horizon. À 17h, la lumière dorée tombe sur tout ça et il y a peut-être trois personnes au mirador. Le marché artisanal du village juste à côté est l’endroit où je recommande de ramener un hamac — un vrai, fait main, qui dure trente ans, autour de 30 dollars. Pas comme ceux des aéroports.
3. Descente de la Rio San Juan en lancha
Frontière fluviale entre le Nicaragua et le Costa Rica, le Rio San Juan relie le grand lac à la mer des Caraïbes. Une descente en lancha sur deux ou trois jours fait revivre l’épopée des conquistadors, des pirates anglais et de la ruée vers l’or californienne — qui passait par ici, en 1849, avant que le canal de Panama ne soit creusé.
Étapes que je donne à mes clients : El Castillo et sa forteresse coloniale du XVIIᵉ siècle (qu’on assiège encore en imagination), une nuit dans un lodge en pleine jungle à Sabalos (j’aime particulièrement Sabalos Lodge), El Rama, San Juan de Nicaragua à l’embouchure caraïbe. Trois jours hors temps. C’est un voyage dans le voyage que peu de Français ont fait.
4. Estelí, soirée chez les rolleros de cigare
Au nord, dans la région de Estelí, se cultive un des meilleurs tabacs du monde — concurrent direct de Cuba, et préféré aujourd’hui par les amateurs avertis. Les fabriques Joya de Nicaragua, Padrón et Plasencia accueillent les visiteurs sur rendez-vous, mais ce qui m’a marqué le plus, ce n’est pas la visite officielle.
C’est une soirée que j’ai partagée en mars 2023 avec un rollero (rouleur) qui m’a expliqué pendant deux heures comment naissent les ligas — les mélanges de feuilles. La feuille de couverture qui doit briller, la feuille de tripe qui donne le corps, la combinaison qui change le goût final du tout au tout. Une bouteille de Flor de Caña 18 ans posée entre nous, et un cigare frais qui se fume lentement. C’est le Nicaragua que les guides ne montrent pas.
5. La lagune d’Apoyo en kayak, à 5h30
À 25 minutes de Granada, le cratère d’Apoyo est rempli d’une eau bleue claire à 28°C constants. La plupart des visiteurs y vont en milieu de journée, en groupe, en bouée gonflable. C’est très bien. Mais ce n’est pas la lagune.
Ce que je recommande à mes clients passionnés de nature : louer un kayak la veille au soir, dormir au bord (Paradiso a des cabanes pour 40 dollars la nuit), et pagayer à 5h30 du matin. La brume se lève sur l’eau. Les singes hurleurs commencent leur concert sur les rives. Un toucan passe parfois. À 6h30 le soleil monte au-dessus du cratère et la lagune devient incandescente. Quasiment seul. Le silence vaut bien le réveil tôt.
6. Une nuit chez l’habitant à Solentiname
L’archipel de Solentiname, à l’extrême sud du grand lac, est un endroit unique. Connu pour son mouvement artistique communautaire — peintres et sculpteurs naïfs initiés dans les années 1970 par le poète-prêtre Ernesto Cardenal — ce groupe d’îles est resté préservé du tourisme de masse pour une raison simple : c’est très loin.
Accès en lancha depuis San Carlos, au sud (vol de Managua + bateau, ou route + bateau, comptez une journée). Sur place, on dort chez l’habitant — homestay communautaire à 35 dollars par nuit, repas inclus. On partage la table de la famille, on visite les ateliers de peinture et de balsa, on traverse les îles en lancha le matin avec les enfants qui vont à l’école. Cent pour cent des recettes vont à la communauté. C’est ce qui me permet d’y envoyer des clients en conscience.
Compter deux à trois nuits minimum pour vraiment ressentir le lieu.
7. Little Corn Island à pied, en deux jours
Little Corn est plus petite que Big Corn, sans voitures (interdites), pas de routes, juste des sentiers de sable entre les cabanes. On en fait le tour à pied en trois heures. Mais le vrai cadeau, c’est de rester trois ou quatre nuits.
Apprendre les prénoms des pêcheurs. Plonger sur les récifs (les Corn Islands sont classés parmi les meilleurs sites de plongée d’Amérique Centrale, et là-bas il n’y a quasiment personne dans l’eau). Partager un poisson grillé aux flambeaux le soir sur la plage avec quatre voyageurs croisés au déjeuner. Marcher pieds nus partout. Lire un livre entier en une après-midi.
C’est l’Amérique Centrale d’il y a trente ans. Et c’est exactement ça qui rend l’endroit précieux. J’y ai vu des couples partir en pleurant — pas de tristesse, mais de gratitude. Ça m’arrive deux fois par an de raconter cette histoire.
Le fil rouge : prendre le temps
Au Nicaragua, ce qui marque, ce ne sont jamais les sites cochés sur la liste. Ce sont les rencontres au détour d’un chemin de terre. C’est précisément pour ça qu’on garde un attachement bien plus fort que pour la plupart des destinations.
Toutes ces expériences ont un point commun : elles ne se vivent pas en une demi-journée. Elles demandent de poser ses bagages, de ralentir, d’accepter l’absence de wifi parfois. C’est précisément ce qui les rend mémorables.
Mieux vaut faire trois régions du Nicaragua profondément que six en surface. Le pays est trop subtil pour un voyage à check-list.
Pour les bases logistiques (formalités, transport, budget), reportez-vous à notre guide pratique pour préparer votre voyage au Nicaragua. Et pour comprendre l’esprit régional, notre article fondateur sur le Nicaragua.
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